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j'avais déjà réalisé que c'était ici, et maintenant
mais j'ai fait un pas de plus
c'est la maturité, peut-être
j'ai eu une révélation
ça m'apparait maintenant comme une évidence
et je ne crois pas que ce soit passager :
merde, la vie est belle !
samedi
vers 18h, je tombais de sommeil
vers 18h30, j'avais très faim...
faire au moins un vrai repas dans la journée, avant de me coucher
vers 19h30, j'ai pensé aller y faire un tour rapide, quand même
puisque ça me fait peur, c'est qu'il faut que j'y aille
vaincre ma peur, puis rentrer tôt
dimanche
vers midi et demie, j'ai fini par rentrer
à la porte de mon immeuble, j'ai croisé une petite fille
elle chantonnait en boucle "elle a fait des bêtises, elle a fait des bêtises, elle a fait des bêtises..."
oué
mais c'est bien aussi
et j'ai enchainé sur l'expo, à la bnf, pour me faire plaisir
parfois, ça peut être simple et léger, la vie.
j'ai croisé ma psy dans la rue
et reconnue après coup
alors que je venais de la quitter
pendant la séance, elle avait dit : je
"je ne mets pas du tout en doute ce que vous me dites"
ça ne me plait pas
je n'ai pas envie que son je existe dans ma vie
pour un peu, je serais presque en colère.
le plus dur, ce n'est pas la gueule de bois
c'est la redescente
le silence et la solitude
l'hébétude
d'après l'exaltation
la fête cinq fois par semaine
c'est plus facile qu'une fois tous les quinze jours
parce que tu ne redescends jamais
pas le temps de retourner tes pensées dans tous les sens
pas le temps de sentir que tu es seule
même pas le temps d'être fatiguée :
quand tu tombes, tu dors
d'un sommeil lourd, profond et sans rêves
puis, tu recommences.
mais là... non
la fatigue...
la lourdeur de la fatigue, qui t'écrase de tristesse
les larmes aux yeux, les idées noires
tu te dis qu'il faudrait dormir
juste : dormir
mais tu n'y parviens pas vraiment...
les images et les mots qui reviennent
ta main qui prend la sienne
et la pose sur ton sein
il la retire un peu trop tard
hésitation, comme d'habitude
mais il la retire, comme d'habitude
il a raison, comme d'habitude
il dit qu'il a été clair : qu'il ne voit en toi qu'une amie
tu sais que tu n'es jamais claire : tu ne vois en lui qu'un ami
" mais c'est juste ça, tu sais : j'ai tellement besoin de tendresse..."
ça devient un peu moins facile
mais tu n'as plus vraiment envie
tu sais que ça n'est pas ça que tu veux
et tu doutes un peu, à nouveau...
et elle, qui te dit :
-oui, mais... tu seras celle qui restera... toi, tu ne disparaitras pas...
plus tôt tu avais demandé :
- est-ce que je fais peur ? aux hommes ?
il a parlé de ta réputation...
mais tu sais, il sait, ceux qui comptent savent...
que tu n'es pas celle que l'on pourrait croire
que tu es juste un peu perdue dans un fouillis de pensées, d'actions, d'élans et d'envies contradictoires...
que tu testes
que tu essayes
pour savoir ce que tu cherches...
tu commences à savoir ce que tu ne veux pas
mais tu continues, encore, parfois, à faire comme si tu le voulais...
mais ce qui te ronge vraiment l'intérieur
c'est ceux que tu aimes
et que tu entraines
dans ta spirale de fausse légèreté
et qui vont plus loin que toi dans la chute
tu culpabilises de leur culpabilité
et tu as si peur qu'ils se fassent mal...
et puisque tu ne dors pas
tu parles le plus longtemps possible
à celui qui a ronflé quelques petites heures sur ton canapé
partager vos solitudes
avant le retour au silence
alors, tu appelles tous ceux à qui tu peux vraiment parler
et chaque fois que tu raccroches, tu es un peu plus chamboulée
revenir sur le passé
savoir ce qui n'a pas marché
et comment, pourquoi, qu'est-ce qu'on ressent ?
redire que non, mais quand même...
une relation amoureuse peut-elle devenir amicale ?
essayer de préciser
se contredire sans arrêt
et finir, enfin, par mettre le doigt sur ses contradictions
heureusement,
les hommes que tu quittes sont plus fiables que toi pour tenir tes résolutions...
viens là, que je te regarde en face
ma dépendance naissante
naissante ? pas sûr...
tu changes juste d'objet
mais tu as toujours été là
dépendance au boulot
à l'internet
aux jeux idiots
au tabac
et à l'alcool
juste
une dépendance à la fuite
une incapacité à prendre la vie à bras le corps
accro au regard de l'autre
des autres
comme si je n'avais pas d'existence propre
comme si je ne pouvais pas être, simplement
mais seulement être aimée, jaugée, jugée, détestée... regardée...
alors, prendre la fuite
me réfugier ailleurs,
là où je ne pense pas
là où je m'oublie
absorbée par mon occupation
ou par l'alcool
qui crée comme un cocon,
factice, surement,
mais vivant
- et moins solitaire -
tout autour de moi...
lassée du coca, j'ai bu le premier perrier de ma vie
avec une rondelle de citron
je peux le faire, donc
passer la soirée sans une goutte d'alcool
certains m'ont dit que j'étais plus marrante quand je buvais
je sais, c'est ceux que je dois éviter
mais je suis d'accord
moi aussi, je rigole plus, alcoolisée
mais j'ai vu mon visage dans le miroir
la bouffissure qui commence
la couperose et les cernes
si je me laisse couler sur la pente,
je serai très vite vieille
et invisible
je ne boirai plus pour m'amuser
mais juste pour oublier
la solitude qui ronge
je vais cultiver les autres
ceux qui m'acceptent abstinente aussi
ceux qui ont renoncé à leur verre d'alcool
pour m'accompagner, pour m'aider...
et elle
qui a justement choisi ce soir-là pour me dire qu'elle m'aimait...
tellement besoin des autres
tellement besoin qu'on m'aime
et le coeur presque sec
c'est à celui qui était le plus important que j'ai fait le plus mal.
cet homme m'a fait du bien
il m'a fait avancer, un peu
et moi,
inconsciente, souvent,
je crois que je l'ai fait souffrir...
la légèreté de l'éphémère finit toujours par mourir
maintenant, j'ai mal aussi
parce qu'il ne sera plus là
et parce que je suis égoïste.
mais...
c'est la bonne décision
je dois travailler à cet égoïsme
le laisser guider mes choix
devenir moi
sans que ce soit aux dépends des autres.
l'alcool n'est plus anecdotique
trous de mémoire
incohérences
insomnies
mais
toi, toi, toi, et toi...
mes amis d'ébriété
est-ce que vous m'aimerez encore si je ne bois plus ?
est-ce que je vous aimerai encore si je ne bois plus ?
et moi ?
est-ce que j'arriverai encore parfois à m'oublier, sans ?
je ne veux pas basculer vers l'alcool définition
je suis - sûrement - autre chose, aussi...
juste un moment face à l'océan
les pieds à la limite de l'eau
les yeux dans le vent
les vagues dans les oreilles
je suis vivante
et présente
en tout petit
j'écris maladroitement sur le sable :
ici et maintenant,
je suis là
et je m'en vais
vers un autre train
un autre moment.
- de toute façon, je t'avais prévenu que ce serait bondé de blaireaux, alors va pas commencer à me gonfler... si tu préfères, d'ailleurs, je peux repartir direct...
trois quarts d'heure de métro, deux changements, même pas pris le temps de pisser avant de partir pour arriver plus vite et il m'accueille froidement parce qu'ils ne voulaient pas lui laisser de table avant mon arrivée...
évidemment, il s'excuse, et se calme tout de suite...
mais pas moi...
j'étais déjà pas bien sure d'avoir envie de venir... et là, pouf, ma propre mauvaise humeur qui me tombe dessus et qui ne veut pas me lâcher... je me déteste bien sûr, mais ça ne m'empêche pas de détester le reste du monde aussi... tous ces abrutis qui se sont mis sur leur trente et un, et qui dinent face à face à défaut d'avoir envie de passer des heures les yeux dans les yeux... société d'hyperconsommation formatée, je te hais... passage par la case saint-valentin obligatoire, sentiments facultatifs...
mais pourquoi, pourquoi a-t-on eu l'idée saugrenue d'aller dîner dehors juste ce soir-là ?
la fleur m'achève... j'y crois même pas, ils offrent une fleur à chaque femme présente dans la salle... en plus, y a cette connerie d'autocollant "plaisir d'offrir" collé sur la cellophane... je balance la fleur dans un coin, sans dire merci, sans même regarder le serveur qui me l'a apportée... je me déteste d'en vouloir au monde entier, je me déteste de me laisser entièrement bouffer par cette colère intérieure, je me déteste de ne pas savoir la maitriser... mais je n'arrive pas à déserrer les dents, je n'arrive pas à dire un mot qui ne soit pas désagréable ou cynique, et je ne peux lancer que des regards noirs...
plus tard, je reprends la fleur... et je la déchiquète méticuleusement en morceaux minuscules...
à la fin de l'opération, pouf, c'est passé...
je ne sais pas pourquoi, mais je me sens mieux... ridicule, peut-être, mais plus du tout en colère... et soulagée...mais un peu désemparée par mes sautes d'humeur...
plus tard encore, il me dira que j'ai une force incroyable. et à deux facettes.
que je peux très bien plomber l'ambiance et la rendre glaciale, de façon presque insoutenable.
mais que je peux aussi créer un cercle pétillant et très chaleureux autour de moi... dans les moments où je crois en moi...
mouais
ma prétendue force...
j'aurais une quelconque influence sur ce qui m'entoure ?
j'y crois moyen
mais c'est toujours plaisant à entendre...