le plus dur, ce n'est pas la gueule de bois
c'est la redescente
le silence et la solitude
l'hébétude
d'après l'exaltation
la fête cinq fois par semaine
c'est plus facile qu'une fois tous les quinze jours
parce que tu ne redescends jamais
pas le temps de retourner tes pensées dans tous les sens
pas le temps de sentir que tu es seule
même pas le temps d'être fatiguée :
quand tu tombes, tu dors
d'un sommeil lourd, profond et sans rêves
puis, tu recommences.
mais là... non
la fatigue...
la lourdeur de la fatigue, qui t'écrase de tristesse
les larmes aux yeux, les idées noires
tu te dis qu'il faudrait dormir
juste : dormir
mais tu n'y parviens pas vraiment...
les images et les mots qui reviennent
ta main qui prend la sienne
et la pose sur ton sein
il la retire un peu trop tard
hésitation, comme d'habitude
mais il la retire, comme d'habitude
il a raison, comme d'habitude
il dit qu'il a été clair : qu'il ne voit en toi qu'une amie
tu sais que tu n'es jamais claire : tu ne vois en lui qu'un ami
" mais c'est juste ça, tu sais : j'ai tellement besoin de tendresse..."
ça devient un peu moins facile
mais tu n'as plus vraiment envie
tu sais que ça n'est pas ça que tu veux
et tu doutes un peu, à nouveau...
et elle, qui te dit :
-oui, mais... tu seras celle qui restera... toi, tu ne disparaitras pas...
plus tôt tu avais demandé :
- est-ce que je fais peur ? aux hommes ?
il a parlé de ta réputation...
mais tu sais, il sait, ceux qui comptent savent...
que tu n'es pas celle que l'on pourrait croire
que tu es juste un peu perdue dans un fouillis de pensées, d'actions, d'élans et d'envies contradictoires...
que tu testes
que tu essayes
pour savoir ce que tu cherches...
tu commences à savoir ce que tu ne veux pas
mais tu continues, encore, parfois, à faire comme si tu le voulais...
mais ce qui te ronge vraiment l'intérieur
c'est ceux que tu aimes
et que tu entraines
dans ta spirale de fausse légèreté
et qui vont plus loin que toi dans la chute
tu culpabilises de leur culpabilité
et tu as si peur qu'ils se fassent mal...
et puisque tu ne dors pas
tu parles le plus longtemps possible
à celui qui a ronflé quelques petites heures sur ton canapé
partager vos solitudes
avant le retour au silence
alors, tu appelles tous ceux à qui tu peux vraiment parler
et chaque fois que tu raccroches, tu es un peu plus chamboulée
revenir sur le passé
savoir ce qui n'a pas marché
et comment, pourquoi, qu'est-ce qu'on ressent ?
redire que non, mais quand même...
une relation amoureuse peut-elle devenir amicale ?
essayer de préciser
se contredire sans arrêt
et finir, enfin, par mettre le doigt sur ses contradictions
heureusement,
les hommes que tu quittes sont plus fiables que toi pour tenir tes résolutions...
viens là, que je te regarde en face
ma dépendance naissante
naissante ? pas sûr...
tu changes juste d'objet
mais tu as toujours été là
dépendance au boulot
à l'internet
aux jeux idiots
au tabac
et à l'alcool
juste
une dépendance à la fuite
une incapacité à prendre la vie à bras le corps
accro au regard de l'autre
des autres
comme si je n'avais pas d'existence propre
comme si je ne pouvais pas être, simplement
mais seulement être aimée, jaugée, jugée, détestée... regardée...
alors, prendre la fuite
me réfugier ailleurs,
là où je ne pense pas
là où je m'oublie
absorbée par mon occupation
ou par l'alcool
qui crée comme un cocon,
factice, surement,
mais vivant
- et moins solitaire -
tout autour de moi...
lassée du coca, j'ai bu le premier perrier de ma vie
avec une rondelle de citron
je peux le faire, donc
passer la soirée sans une goutte d'alcool
certains m'ont dit que j'étais plus marrante quand je buvais
je sais, c'est ceux que je dois éviter
mais je suis d'accord
moi aussi, je rigole plus, alcoolisée
mais j'ai vu mon visage dans le miroir
la bouffissure qui commence
la couperose et les cernes
si je me laisse couler sur la pente,
je serai très vite vieille
et invisible
je ne boirai plus pour m'amuser
mais juste pour oublier
la solitude qui ronge
je vais cultiver les autres
ceux qui m'acceptent abstinente aussi
ceux qui ont renoncé à leur verre d'alcool
pour m'accompagner, pour m'aider...
et elle
qui a justement choisi ce soir-là pour me dire qu'elle m'aimait...
tellement besoin des autres
tellement besoin qu'on m'aime
et le coeur presque sec
c'est à celui qui était le plus important que j'ai fait le plus mal.
cet homme m'a fait du bien
il m'a fait avancer, un peu
et moi,
inconsciente, souvent,
je crois que je l'ai fait souffrir...
la légèreté de l'éphémère finit toujours par mourir
maintenant, j'ai mal aussi
parce qu'il ne sera plus là
et parce que je suis égoïste.
mais...
c'est la bonne décision
je dois travailler à cet égoïsme
le laisser guider mes choix
devenir moi
sans que ce soit aux dépends des autres.
l'alcool n'est plus anecdotique
trous de mémoire
incohérences
insomnies
mais
toi, toi, toi, et toi...
mes amis d'ébriété
est-ce que vous m'aimerez encore si je ne bois plus ?
est-ce que je vous aimerai encore si je ne bois plus ?
et moi ?
est-ce que j'arriverai encore parfois à m'oublier, sans ?
je ne veux pas basculer vers l'alcool définition
je suis - sûrement - autre chose, aussi...
juste un moment face à l'océan
les pieds à la limite de l'eau
les yeux dans le vent
les vagues dans les oreilles
je suis vivante
et présente
en tout petit
j'écris maladroitement sur le sable :
ici et maintenant,
je suis là
et je m'en vais
vers un autre train
un autre moment.