- de toute façon, je t'avais prévenu que ce serait bondé de blaireaux, alors va pas commencer à me gonfler... si tu préfères, d'ailleurs, je peux repartir direct...
trois quarts d'heure de métro, deux changements, même pas pris le temps de pisser avant de partir pour arriver plus vite et il m'accueille froidement parce qu'ils ne voulaient pas lui laisser de table avant mon arrivée...
évidemment, il s'excuse, et se calme tout de suite...
mais pas moi...
j'étais déjà pas bien sure d'avoir envie de venir... et là, pouf, ma propre mauvaise humeur qui me tombe dessus et qui ne veut pas me lâcher... je me déteste bien sûr, mais ça ne m'empêche pas de détester le reste du monde aussi... tous ces abrutis qui se sont mis sur leur trente et un, et qui dinent face à face à défaut d'avoir envie de passer des heures les yeux dans les yeux... société d'hyperconsommation formatée, je te hais... passage par la case saint-valentin obligatoire, sentiments facultatifs...
mais pourquoi, pourquoi a-t-on eu l'idée saugrenue d'aller dîner dehors juste ce soir-là ?
la fleur m'achève... j'y crois même pas, ils offrent une fleur à chaque femme présente dans la salle... en plus, y a cette connerie d'autocollant "plaisir d'offrir" collé sur la cellophane... je balance la fleur dans un coin, sans dire merci, sans même regarder le serveur qui me l'a apportée... je me déteste d'en vouloir au monde entier, je me déteste de me laisser entièrement bouffer par cette colère intérieure, je me déteste de ne pas savoir la maitriser... mais je n'arrive pas à déserrer les dents, je n'arrive pas à dire un mot qui ne soit pas désagréable ou cynique, et je ne peux lancer que des regards noirs...
plus tard, je reprends la fleur... et je la déchiquète méticuleusement en morceaux minuscules...
à la fin de l'opération, pouf, c'est passé...
je ne sais pas pourquoi, mais je me sens mieux... ridicule, peut-être, mais plus du tout en colère... et soulagée...mais un peu désemparée par mes sautes d'humeur...
plus tard encore, il me dira que j'ai une force incroyable. et à deux facettes.
que je peux très bien plomber l'ambiance et la rendre glaciale, de façon presque insoutenable.
mais que je peux aussi créer un cercle pétillant et très chaleureux autour de moi... dans les moments où je crois en moi...
mouais
ma prétendue force...
j'aurais une quelconque influence sur ce qui m'entoure ?
j'y crois moyen
mais c'est toujours plaisant à entendre...