il a une tache de naissance dans le blanc de l'oeil gauche
et de très longs cils
je le trouve beau
parfois, une sorte de fêlure apparait et tout son visage change
là, il me fait un peu peur
et je me demande à quel point il est fou
mais il est drôle aussi, très
et il me plait
j'avais oublié ce que c'était que de se faire raccompagner par un inconnu
je n'avais jamais passé de nuit blanche juste avant d'aller travailler
on va se revoir, peut-être, ou pas...
je n'attends rien, et c'est léger
je vis
tout juste.
souffrance, j'ai dit ?
rien d'insurmontable...
juste l'habitude qui disparait
laissant de la place au vide
à l'ennui...
l'ennui est préférable à la dépendance,
à l'habitude
à la dépendance à l'habitude
et il ne durera pas
je n'ai qu'une vie, et c'est celle-là.
et si...
je profitais de ta colère,
et de tes amours
présentes et futures,
pour m'enfuir...
pendant que tu ne regardes pas...
serais-je lâche ?
ou courageuse, au contraire ?
décider d'affronter cette souffrance
c'est déjà faire un pas vers le mieux.
ne te méprends pas
ça fait mal
ça fait souffrir
tu m'as reproché d'être trop bavarde
tu m'as reproché d'être trop muette
tu ne m'as pas crue
je t'avais pourtant prévenu qu'on n'avait plus rien à se dire...
après l'amour, il ne reste rien
que le souvenir
insuffisant
et pourtant, tu me manques encore...
inutilement.
au fond, je nous en veux
de n'avoir pas su vivre totalement cet amour
au fond, je m'en veux
de m'être tue
écrasée
étouffée
niée
pour essayer d'être celle qui te plairait
pour ne plus entendre de ta bouche en colère :
"non, ce n'est pas ça une conversation !"
au fond, je t'en veux
de ne pas t'en être rendu compte
bien sûr, j'ai fait cet autre mensonge
pas mieux, pas pire
et par hasard
et je te l'ai avoué
tu t'es senti humilié,
pas trahi.
blessure d'amour-propre,
pas d'amour.
au fond, je t'en veux
parce que je t'ai aimé
et que je n'ai jamais aimé
que toi.
il est roux, les tempes grisonnantes
ses cheveux sont bouclés
il s'habille toujours en noir
il a un ventre rond
des taches de rousseur sur les bras
une très jolie voix grave
et les yeux qui rigolent.
je sais qu'il n'y aura rien
déontologiquement impossible
mais
ça n'était pas prévu
et j'ai réouvert les yeux
déjà ?
c'est vrai, je n'ai plus de rêves
plus d'amour à donner
plus d'amour à recevoir
peut-être
probablement
certainement
pour toujours
c'est ce que j'ai lu dans ton regard
dans le mien, aussi
mais je suis vivante, tu sais
vivante.
étonnamment
à la case du jeudi 15 novembre 2007
sur le calendrier, au mur
il est écrit : beaujolais nouveau
pourtant c'est un calendrier de travail
transmis par la voie hiérarchique
et rempli de dates officielles
tu ne connais de moi que mon jeudi 15 novembre
une facette
vue d'un certain angle
pas une définition
je ne suis pas celle que tu crois.
et quand l'évidence n'est plus là
l'évidence de la peau
ensuite
il ne reste plus rien
que l'ennui
l'incompréhension
le silence
oublier
brûler les lettres plutôt que les relire
incrédule et nostalgique
ne plus cultiver le manque de l'amour
quand c'est le manque de l'autre qui devrait bouleverser...
je crois que mon coeur est sec
je crois que je n'aimerai jamais plus.