le monde de oui-oui
plus simplement ?
j’ai été malade
j’ai eu très mal
une telle douleur, je n’avais connu ça qu’une fois
cette fois-là, c’était des coliques néphrétiques
mais j’étais bien entourée
le médecin a su tout de suite ce que c’était
et ça n’a pas duré bien longtemps
là, si
trois semaines
dont une alitée, sans pouvoir bouger
pile au moment où mon amoureux partait
au bout du monde
pour ce voyage prévu depuis des mois
puis l’échographie a dit :
nein, nein, nein, c’est pas des coliques néphrétiques
et c’est pas une pyélonéphrite non plus
après, je faisais moins ma maligne
surtout quand la fièvre est arrivée
je t’ai pas dit : j’ai jamais de fièvre
je me chope tous les virus qui trainent, tout le temps, mais j’ai JAMAIS de fièvre
en tout cas, j’en ai jamais eu dans les vingt dernières années
alors, voilà
j’étais au lit
clouée là par la fièvre et la douleur
sans même savoir d’où elles venaient
me demandant par moments si j’allais pas finir par en crever
et par conséquent, gavée de trouille
pas de main pour tenir la mienne
pas de voix pour me rassurer
bouffer allait aussi devenir un problème
me traîner jusqu’à la cuisine pour récupérer un truc à grignoter, c’était déjà une expédition…
alors, vas-y, toi, faire des courses dans ces conditions
surtout quand tu habites au 5ème, sans ascenseur…
appeler à l’aide des amis, ça me paraissait pas trop fastoche
t’façon, y en a rarement des masses que tu peux appeler en larmes en leur demandant de venir te sauver la vie
et même
ceux à qui tu pourrais, ils ont des femmes, ou des maris, ou des enfants, ou des trucs à faire… enfin, une vie, quoi…
et puis, zorro est arrivé
sans même que je le lui demande
il m’a ravitaillée
nourrie
a débroussaillé un peu la jungle de mon appart’
m’a tenu compagnie quand je claquais des dents, malgré la polaire, la couette et le chauffage à fond tout en pleurant comme une courge
et le lendemain, il m’a rappelée :
« j’ai réfléchi, tu restes chez moi jusqu’à ce que tu sois guérie »
il est venu en voiture
m’a emmenée chez lui d’autorité
nourrie
logée
blanchie aussi
vu qu’il avait pensé à embarquer tous mes pyjamas trempés de sueur
trois jours, il m’a gardée
pourtant, zorro a une vie
peut-être même une ou deux fiancée(s)
alors je l’ai dissuadé de renoncer à ses sorties
et j’ai vécu ce truc paradoxal :
me retrouver seule dans cet appart’ qui a longtemps été le mien aussi, mais sans plus me sentir chez moi
- parce que s’il faut tout te dire, zorro, ça a été mon amoureux pendant douze ans… et puis, un jour, plus -
bref
j’ai fini par aller mieux
et même par pouvoir aller dehors
ok, ma première sortie c’était chez le médecin
mais il y avait du soleil
je pouvais marcher normalement
et j’ai vu m. dans la foulée
c’était magique et merveilleux
ok, j’ai encore douze mille tonnes de médocs à prendre
et aussi des médocs contre les effets secondaires des premiers
ok, j’ai encore des vertiges quand je me tiens debout
mais j'ai une de ces patates !
je suis contente
juste, d’être en vie.
(pourvu que ça dure…)