tu t'assois là, devant chez s., un peu fatiguée encore de la nuit précédente
y. parle d'odette, qu'il a rencontrée, puis invitée à nous rejoindre en allant acheter à boire
-
vous allez faire la fête ? c'est bien ! moi aussi, j'aimais bien ça...
une fois, j'ai fait la fête, ça a duré dix jours, elle a raconté les
yeux brillants, c'était pour la libération...
il y a h., lumineuse,
qui parle de son film, de son pays, avec un accent québécois tellement
prononcé qu'on pourrait croire que c'est une blague... petit frisson de
plaisir, chaque fois qu'elle dit "tabernacle" ou "christ"...
les habitants des squats environnants, qui viennent dire bonjour, passer un moment...
c. qui revient avec son nouvel appareil, tu ne l'as jamais vu si gai
il y a les gens du quartier, les passants, qui s'arrêtent, échangent quelques mots, partagent un verre...
mamie, qui vient parler, qui s'assoit avec nous, sur le trottoir
- là-haut, j'ai laissé la télé allumée, mais ici, c'est mieux, on a pas besoin de rester le regard fixe, on vous voit bouger...
puis
qui retourne chez elle nous chercher des fraises à la fleur d'oranger,
et qui donne la becquée à chacun avec sa vieille cuillère :
- j'espère que vous êtes vaccinés !
et cette sorte d'intimité nouvelle, amants alcoolisés d'une aurore périmée, il te touche, t'ébouriffe les cheveux, te sourit...
une
femme dans chaque port pour lui, des marins de passage pour toi,
t'aimes bien l'idée, et t'aimerais bien approfondir quand même, de
temps en temps...
y. prend sa guitare, se met à chanter... tiens, tu commences à connaitre ses textes par coeur...
une
famille s'arrête... quelqu'un trouve une chaise pour la grosse dame,
une gamelle d'eau pour le gros chien, la petite fille applaudit à tout
rompre à la fin des chansons, malgré - ou plus vraisemblablement à
cause - des gros mots...
une fille passe, il n'y a plus de musique,
quelqu'un l'invite pour rire à danser un slow... elle scotche tout le
monde en acceptant, y. enchaine à la guitare, elle s'en va à la fin de
la danse, dans un sourire...
"noter : l'invitation au slow sur pavés" rigole le garçon aux cheveux longs, dans son rôle de dragueur malheureux
les
filles d'un bar du coin apportent une assiette de merveilles, une
corbeille de pain parfumé et une petite bouteille... c'est délicieux,
rien qu'à regarder...
il y a a., rayonnante, qui parle de la
marionnette qu'elle a créée... avec son joli petit accent, elle nous
raconte la vie de monica, qui doit arriver plus tard, quelqu'un viendra
la raccompagner...
puis, les pompiers, camions rouges et casques
rutilants... ça faisait un moment, aussi, que ça sentait bizarre...
voisins en robe de chambre sur le trottoir, rien de trop grave
apparemment...lumières bleues clignotantes, on flotte, on est bien...
plus
tard arrive monica la marionette... y. improvise une chanson, monica
danse, s'exprime par gestes, et c'est magique... la chanson finit, bien
sûr, par un baiser...
un joli garçon te dit :
- tu m'as impressionnée, t'es restée zen toute la soirée...
- oui, ça arrive, il y a des jours où je suis calme
rester un peu en retrait, parfois, c'est bien aussi... juste profiter de ce qui se passe autour...
plus tard encore, tu finis par rentrer... il t'embrasse un peu serré, tu lui dis :
- j'en veux encore, tu sais...
- encore et toujours ? dans un sourire
- toujours, je ne crois pas, non... mais encore, oui !
- ce soir, il faut quand même que je rentre, mais...
il te donne son numéro, prend le tien... peut-être, plus tard, parfois...
jolie soirée.
apaisante.
je lui parle de la barrière
basculer dans la marge
me rapprocher
d'eux
la barrière n'est pas que dans ma tête
quand il était de l'autre côté,
les gens normés
les gens comme moi
étaient des martiens pour lui
il dit :
c'est le monde dont tu rêves
ne l'abandonne pas
oui mais...
loyer, manger... donc travailler...
alors
rêver... seulement rêver...
ceux de la nuit sont fatigués
je rentre tôt
mais je suis saoûle, et c'est bon
la féline, juste pour voir
le barman me dit que c'est pas beau de réclamer
il paye quand même sa tournée
une mauresque au lieu de mon pastis
je râle un peu, juste pour la forme
mais je vais pas rechigner
y. le tatoué me demande :
il te plait, le mec, là-bas ? je te l'amène, si tu veux
non, pas envie, j'arrête les conneries
il sort sa dent déracinée de sa poche et s'en sert de médiator
ses gros doigts
la bague qu'il porte à l'auriculaire est trop large pour mon pouce
p. est parti
- je t'attendrai, tu sais
- arrête tes salades
- je sais, je suis "sécurisée", pas toi, on est pas du même monde, barrière, blablabla...
- j'ai dit des conneries l'autre soir
- non, t'as rien dit de tel... c'est moi qui ai réalisé...
envie de basculer, parfois
de briser la barrière
rejoindre son univers
sursaut
se raccrocher aux branches de la norme
je prends le métro pour rentrer.
déjeuné avec a., enfin rentré de vacances
il demande, je raconte, il rit
il dit qu'il aime m'imaginer autrement aussi
l'autre moi qu'il ne connait pas
café avec s.
alter ego toujours présent
on s'interroge sur l'existence du bonheur
pas de réponse définitive
échange de messages avec p.
les plans de la semaine
pansements sur mon coeur
elle dit qu'avoir eu le courage d'appeler, même en vain
c'est mieux que les regrets
une fois le ridicule digéré, je serai surement d'accord
je ferais bien une grande marche
mais il fait gris, il fait froid
trop de pluie
petit coup de mou
coup de fil surprise et providentiel de g.
après des semaines de silence
dîner très sympa
et rassurant
peut-être que je peux créer des liens, finalement
pas seulement des facs-similés d'amour en plâtre
projet, peut-être, de retourner ensemble au milieu de nulle part
autre monde parallèle
que j'aime aussi
puis m., quelque part dans la journée
qui m'appelle de ses montagnes lointaines
je suis dans la rue
je n'entends presque rien
je lui dis l'essentiel
qu'elle me manque quand elle est loin
cri muet omniprésent
besoin de vous pour être vivante
guérissez-moi de moi...
me suis encore vautrée
dans les escaliers du métro, cette fois
toujours quelqu'un pour me ramasser, me demander si ça va
- oui, ça va, ça m'arrive tout le temps, je rigole
tellement l'habitude que je me sens même plus con... mais ça fait mal quand même...
reine de la cascade, à défaut d'autre chose...
après, devant la glace, je compte les hématomes
tiens, celui à l'épaule, je sais pas d'où il vient
bref
la main en sang, la jambe en vrac
je suis prête à aller voir louise bourgeois
histoire de rentabiliser ma carte beaubourg, juste avant qu'elle ne soit périmée
je ne m'attendais pas à grand chose
j'avais vu juste
rien... je reste extérieure
juste peut-être l'araignée - mère
sensation immédiate, bizarre
liée à l'enfance
il y a une montre
une bouteille de parfum, vide... qui m'évoque ma mère
je comprends plus tard que c'est celui qu'elle portait quand j'étais petite
des
ventouses, en verre... exactement les mêmes que celles que mon
grand-père appliquait sur le dos de ma grand-mère, maternelle, après
avoir fait brûler du coton (?) à l'intérieur...
tout ça dans une cage
bon
intersections entre histoires, peut-être
puis
la vidéo, oui... l'entendre raconter sa mère qui, avec de petits
ciseaux, découpait délicatement les "génitales des cupides" - les sexes
des cupidons - puis les épinglait ensemble, soigneusement, parce
qu'elle était bien ordonnée, avant de les remplacer par des fleurs ou
des fruits...
préféré closky
d'abord déroutant, on s'est regardées : c'est que ça ?
du vide...
mais en réalité, du vide tout plein...
une expo où tu te sens bien, où tu ris
où tu finis par t'allonger sur la moquette pour mieux en profiter
un vrai bon moment
une expo qui te donne la pêche
- je ne sais pas si c'est de l'art, je ne sais pas ce qu'est l'art, mais on s'en fout, j'ai adoré !
-
oui, on s'en fout... je me demande pas si c'est de l'art, je me demande
juste si après ça, je suis encore la même, si ça a changé quelque chose
en moi, dans ma façon de voir les choses...
- c'est la même question, en fait...
-... et je crois que oui.
partage...
encore meilleur.
au mur, un vieux post-it
deux mots, pour ne pas oublier :
stabilité
aventure
je cherche l'équilibre
je touche enfin du doigt
ce monde qui me fascine
univers parallèle
resté longtemps caché à mes yeux de jour...
des bars après d'autres bars
des bancs près d'une épicerie de nuit
je voudrais te raconter
la joie, la folie
indicibles
de ces moments
le présent tellement fort
juste vivre
et ne jamais se coucher avant qu'il fasse bien jour...
je voudrais te dire aussi
qu'il ne faut pas y croire
ne pas y mettre de coeur
juste la magie de l'instant
sans passé, sans avenir
je me brûle un peu les ailes
aux feux follets de la nuit
être gais, surement,
mais pour oublier qu'on n'a plus d'espoirs.
désespérés.
je me raccroche au jour
le jour a plus de chaleur
plus réelle, plus profonde
et des sentiments vrais...
mais si peu d'habitants
j'oscille, je divague
je cherche l'équilibre.
tu sais, si je savais mettre de la musique ici, je te mettrais brigitte fontaine, "ah que la vie est belle"
ça craint, c'est presque impossible à décrire, quand tu vas bien, c'est forcément gnangnan
dehors, les oiseaux chantent, le jour commence à se lever
sam vient de partir
et je m'en tape
ce garçon a été un fantasme pour moi pendant des années
maintenant, il me voit, il me regarde, même
et je m'en cogne
je goûte quand même à ses baisers, pour voir...
mais... rien
rien du tout
et je me marre
peut-être que j'ai enfin la force de choisir
être sujet
plus objet
enfin, plus seulement objet
je commence à choisir
pas forcément consciemment
il y a eu c.
rencontre d'une nuit
sans lendemain
il me faisait peur, alors je suis partie avec lui
je lui ai demandé son prénom sur le chemin de son appart'
une connerie
et comme il ne se posait pas la question
ben... on a fait l'amour quatre ou cinq fois dans la nuit
et au petit matin, quand j'ai vu son appart', j'ai finalement compris que le prénom exotique qu'il s'était attribué était peut-être le vrai...
alors, je lui ai demandé de me foutre dehors
parce que sinon, j'allais parler beaucoup, et poser plein de questions
il n'était pas qu'un corps
il y a répondu
m'a raconté sa double culture
j'ai bu du maté pour le petit déj'
un bonheur
sans lendemain
et c'est tant mieux
je peux le faire
et bien tomber, en plus
il y a eu p.
dont je suis encore à moitié amoureuse
sans espoir
tellement... différent de moi
et tellement beau, quand il chante ses textes
je ne suis pas triste
c'était une belle rencontre
la vie est pleine de jolies surprises
je suis contente d'être celle que je deviens
(faut peut-être juste que j'évite d'écrire quand j'ai la voile en vrac sur le pont...).
j'avais déjà réalisé que c'était ici, et maintenant
mais j'ai fait un pas de plus
c'est la maturité, peut-être
j'ai eu une révélation
ça m'apparait maintenant comme une évidence
et je ne crois pas que ce soit passager :
merde, la vie est belle !
samedi
vers 18h, je tombais de sommeil
vers 18h30, j'avais très faim...
faire au moins un vrai repas dans la journée, avant de me coucher
vers 19h30, j'ai pensé aller y faire un tour rapide, quand même
puisque ça me fait peur, c'est qu'il faut que j'y aille
vaincre ma peur, puis rentrer tôt
dimanche
vers midi et demie, j'ai fini par rentrer
à la porte de mon immeuble, j'ai croisé une petite fille
elle chantonnait en boucle "elle a fait des bêtises, elle a fait des bêtises, elle a fait des bêtises..."
oué
mais c'est bien aussi
et j'ai enchainé sur l'expo, à la bnf, pour me faire plaisir
parfois, ça peut être simple et léger, la vie.
j'ai croisé ma psy dans la rue
et reconnue après coup
alors que je venais de la quitter
pendant la séance, elle avait dit : je
"je ne mets pas du tout en doute ce que vous me dites"
ça ne me plait pas
je n'ai pas envie que son je existe dans ma vie
pour un peu, je serais presque en colère.
J'avais lu "aurore périnée", mais c'est bien aussi, et si c'est une marginale avec de jolis textes on aura une... read more
on poésie, nuit